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samedi, 08 novembre 2014 00:00

Laurent est-il vraiment fou??

Quel drôle de nom, la Diagonale des fous.

Quelle émotion de me retrouver au départ, à Saint-Pierre, sur cette île de l'océan indien, ce 23 octobre 2014 à 22h30, même si je ne sais plus pourquoi. C'est en effet une idée de dingue qui a mûrit durant un bon nombre d'années.

La semaine précédente, j'étais dans l'incapacité de faire une nuit complète de sommeil à cause d'un fichu virus. Que de fatigue accumulée et c'est toute une préparation qui est remise en cause. Mais je suis là, fatigué, avec David et Lucile, à attendre le signal pour partir sur les 173km de ce grand raid avec 10 000 m de D+. J'ai choisi de partir prudemment mais en tête de peloton. 22H30. Devant moi, les « raideurs » et « raideuses » partent vite sur les premiers kilomètres bien plats. Tout autour, c'est la foule. Une ambiance qui montre l'importance de cette course pour les Réunionnais.

maido laurentLes premières pentes arrivent, puis on entre sur des chemins larges coupant des champs de canne à sucre. A ce moment là, il est difficile de profiter des parfums dégagés par cette plante. La masse de coureurs soulève un gigantesque nuage de poussière et la chaleur est bien présente. 200, 300, 400, 500 mètres de dénivelé enquillé. Arrive le premier pointage. Un embouteillage se forme mais je passe rapidement. Je ne traîne pas sur ce ravitaillement. Le chemin se transforme en monotrace et emprunte une petite ravine. Cela devient technique et ça le restera jusqu'à la fin. Au village, à la sortie de la forêt de Montvert, la foule nous fait la ola, et c'est sous un tunnel de bras qui se lève que je passe. Un peu de route à plat. Mon mal-être du départ ne s'arrange pas. J'ai des vertiges. Je me sens très mal. Au bout d'une quinzaine de kilomètres, je zigzague. C'est le doute ! L'idée d'abandonner au prochain pointage fait son chemin dans mon esprit. C'est donc à Notre Dame de la Paix, au 24ème kilomètre que va s'arrêter cette fichue Diagonale. Au ravitaillement, il m'est impossible de m'alimenter, à peine boire quelques millilitres d'eau. La pluie fait son apparition. Tous les lits sont occupés et si je veux abandonner ici, je vais devoir attendre longtemps dans le froid avant d'être rapatrié. Je prends la décision d'aller voir le suivant au 35ème.

Une galère, je n'ai aucun rythme mais j'arrive tant bien que mal à accrocher un coureur local. Le jour se lève vers 5h30 sous un petit crachin. Entre temps, j'ai pris la décision d'aller jusqu'à la première base de vie, Cilaos situé au kilomètre 67. Au moins, j'aurais fait un bon trail ! Ça grimpe toujours jusqu'au 40ème, à 2400 mètres d'altitude, le Piton Textor. La météo ne s'arrange pas, il tombe des cordes. Mon estomac n'accepte toujours pas d'alimentation solide. J'avance et c'est la première belle descente dans un paysage de lande et de roches volcaniques. Je me sens un peu mieux. Puis, Mare à Boue qui porte admirablement bien son nom. Au ravitaillement, le barbecue est de sortie. Ensuite, il faut monter le coteau de Kerveguen, un Breton expatrié et qui est devenu propriétaire d'un tiers de l'île au 19ème siècle. Je m'amuse dans la boue, je glisse, et j'avance. Au 60ème kilomètre, le sommet. Le ciel se dégage et le cirque de Cilaos se découvre. C'est grandiose, vertigineux. Quel panorama. La descente est très technique le long du rempart du cirque.

16 heures de course. A l'entrée de Cilaos, je retrouve Lucile qui vient d'abandonner suite à une tendinite. De mon côté, j'ai atteint l'objectif fixé durant cette première partie. Il fait un temps magnifique, la vue est incroyable. Je perds volontairement du temps pour me restaurer sérieusement et prendre une douche. Un bilan s'impose. J'ai l'impression d'avoir puisé énormément dans le mental pour arriver jusque là. Qu'en sera-t-il lorsque la course va se compliquer, se durcir ? D'un autre côté, je n'ai aucune douleur physique et mon rythme plutôt lent m'a préservé physiquement. Je suis là où je voulais être, dans une course de rêve, à courir, marcher, sauter. J'ai vu un cirque. Je veux voir les deux autres, Salazie et Mafate. Je repars gonflé à bloc avec la ferme intention de ne rien lâcher. Il va falloir gérer, appliquer une politique d'un pas après l'autre.

Le premier est de passer avant la nuit, le col à 2500m d'altitude sous le Piton des neiges, point culminant de la Réunion avec ses 3070m. La course prend le parcours de repli et ce n'est pas une mince affaire. Mon rythme est plutôt bon malgré des méchants coups de fatigue. La bascule est réussi à 18h40 juste avant le coucher du Soleil mais la descente se fait à la frontale. C'est terrible. Le pseudo sentier traverse la caldeira du volcan puis entre dans la forêt primaire de Bélouve, une des zones les plus humides de l'île. Cette descente devient interminable. Beaucoup de petites remontées qui cassent le rythme, et de nuit, il est difficile de trouver les bons appuis. J'ai hâte d'arriver à Hellbourg, un des villages de Salazie, là où David s'est arrêté, la faute à une entorse. A 23h, je peux me poser. La pluie retombe de nouveau. Le temps d'une sieste de 25 minutes dans le dortoir, je repars sous une pluie battante. Ça redémarre par une descente sur la route puis c'est l'attaque du col des fourches qui permet d'accéder au cirque de Mafate. La montée est éreintante. Au programme, de l'eau, de la boue, des sauts au-dessus des torrents. Peu de chose à dire de cette traversée du cirque de Salazie si ce n'est que je suis entré dans une course que je qualifie d'intérieur, très à l'écoute de mes sensations, appliqué sur mes pas. Je suis seul malgré les autres participants que je peux doubler ou que je vois passer. Les traits des visages sont tirés. Chacun se retrouve dans sa bulle. L'épreuve est dure.

mafate laurent5H, le samedi matin, j'entre dans Mafate. En dix minutes, la météo est passée d'une pluie tropicale à une atmosphère sèche, poussiéreuse. Le Soleil se lève. Les oiseaux chantent ! Les hauts sommets du cirque se dévoilent. Tout simplement impressionnant. Ce cirque est circulaire, avec des ilêts, petits villages posés sur des terrains plats. Au centre, celui de Marla. J'y arrive vers 7h. Il me faut une sieste d'environ 30 minutes. La chaleur est bien présente. La montée du Maïdo tête dure, porte de sortie du cirque, en haut d'un rempart, va être terrible. 1200M de D+ à gravir sous un Soleil de plomb. Il faut gérer l'effort, s'hydrater. Je sors du dernier cirque vers 13h20. J'en ai des frissons. Quelle chance d'être là. Un vrai bonheur. Et rien ne me dit que ça ne va pas continuer, bien au contraire.

Maintenant, il faut attaquer la grande descente de plus de 2000m pour arriver au niveau de la mer. Je ne traîne pas. Je passe par le pointage de Sans-Souci avec un ravitaillement royal : des crêpes ! Avec de la confiture de fraise, d'orange ou simplement beurrées. A Halte-là, la 2ème base de vie, après une douche, j'enfile le T-shirt de l'organisation. Il me reste une quarantaine de kilomètres. Je vais les faire de nuit, à la frontale. C'est la 3ème ! Les parcours du grand raid et celui du trail bourbon sont dorénavant communs. Je me retrouve avec des coureurs qui jouent un temps sur le 100km du bourbon. C'est excitant et c'est moi qui mène le petite groupe. Le moral est au mieux. Petite séance de varappe en montée, en descente. On est de nouveau au milieu de la canne à sucre. Je fais une dernière sieste de 30 minutes à Possession. Il est 23h30 et je repars sur le Chemin des Anglais. Comment décrire les sensations. Environ une cinquantaine d'heures d'effort, c'est la nuit, je suis avec ma frontale et ce chemin est une juxtaposition de dalles ou blocs de laves disjointes formant des figures géométriques. J'ai l'impression d'avancer sur un Vasarely. C'est désagréable au possible. J'en ai mal à la tête.

Dernière montée vers le Colorado, un parc sur les hauteurs de Saint-Denis. S'en suit une bonne descente, et pour ne pas changer très technique de 650 de D- vers le stade de la Redoute, l'objectif ultime. Toute la course, le raid, revient à l'esprit. Les passages difficiles avec le moral au plus bas, les cirques grandioses. L'émotion monte. J'ai l'estomac noué. Pour boucler les 173 km, j'ai le droit au tour de piste, mon tour d'honneur. Que de plaisir, j'en profite un maximum. Le reste est pour moi...

Suis-je un fou ?

Laurent, dossard 25
les 173km en 55h36min04
redoute

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